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La responsabilité sans la culpabilité
Édition mai 2004
Un texte de Guy Larrivée



Guy Larrivée
Dans notre culture nord-américaine, lorsque nous entendons «il est responsable de cette situation…», nous l’associons la plupart du temps avec «coupable». Cela a certainement un lien avec l’utilisation restreinte du mot « responsable » que le sens commun nous indique, selon le dictionnaire « Petit Robert », les premières définitions du mot réfèrent à « répondre de ses actes », « être l’auteur ou être coupable de quelque chose »... Mais, plus loin, on parle de « personne ayant la charge d’une fonction », « qui a un pouvoir décisionnaire ». C’est de cette dernière facette que j’aimerais vous entretenir ici.

Ce concept « du pouvoir décisionnaire » implique la notion de liberté; ce qui n’est pas nécessairement le cas lorsque l’on parle de « répondre de ses actes ». Parce qu’à ce moment, quelqu’un d’autre que nous a le pouvoir. Mais, être responsable dans le sens de « pouvoir décisionnaire » serait plutôt un avantage pour la personne dans le sens qu’elle a un pouvoir pour changer quelque chose. La personne fait un choix et produit ensuite une action.

À titre d’exemple, supposons que vous ayez un conflit avec votre conjoint(e), vous pouvez conclure que c’est l’autre qui a commencé, que l’autre vous a provoqué, que l’autre a fait quelque chose que vous n’acceptez pas, que l’autre n’est pas de bonne foi etc. Dans ce cas, vous n’assumez pas votre responsabilité de résoudre le conflit. Ici, en parlant de responsabilité, on ne veut pas dire que le conflit soit la faute de l’un ou de l’autre mais plutôt de faire le choix, de prendre en charge de trouver une solution qui soit acceptable pour les deux partis. Alors je peux décider d’élargir mon point de vue et d’aller voir l’autre pour lui proposer une solution qui soit satisfaisante pour les deux personnes.

Ou encore, je peux aller m’excuser de ce que j’ai fait et proposer une façon de réparer (au besoin). Lorsque je choisis une meilleure façon d’agir, non seulement je prends la responsabilité de régler une situation mais je crée d’autres résultats qui m’apporteront de meilleurs sentiments. Un autre effet positif est que j’évite de réagir et de me comporter en me victimisant. À chaque fois que je prends la responsabilité de transformer une situation déplaisante, j’augmente aussi mon estime et ma confiance en moi. De plus, j’augmente ma capacité à ne pas être la victime des événements mais plutôt être la personne qui les transforme. Être responsable, c’est exercer un choix sur la façon dont je vais réagir à une situation ou à un problème pour le résoudre d’une façon constructive. Je manque de responsabilité lorsque je n’agis pas dans l’intention de régler ce problème d’une façon positive ou que je me victimise.

Une cliente se sentait bien déprimée parce qu’elle avait vécu plusieurs événements difficiles. Elle avait abandonné la lutte pour améliorer sa vie et celle de sa famille parce qu’aucune de ses tentatives ne lui avait apporté de satisfaction. Elle qui avait une brillante carrière ne travaillait plus depuis plusieurs mois. Elle vivait dans une lourdeur telle qu’elle devait être suivie médicalement et qu’elle prenait une médication pour éviter le naufrage. Elle prenait quand même soin de ses quatre enfants mais elle était continuellement déçue d’elle- même et de la vie en général. À cause de sa grande souffrance, elle ne voyait absolument pas le pouvoir de changement qu’elle pouvait mettre en action. Elle se voyait comme victime de la vie.

En thérapie, nous avons travaillé à dégager les émotions de souffrances qui s’étaient répétées depuis son enfance. Et à partir du moment où cette femme a ressenti que sa charge émotive s’était suffisamment allégée, elle s’est complètement transformée. Elle s’est mise à croire qu’elle était une excellente mère et qu’elle avait toutes les qualités requises pour poursuivre sa carrière avec un grand succès. À ce moment, les choses se sont précipitées : elle s’est mise en action (responsabilité), elle a commencé une recherche d’emploi et elle en a trouvé un très bon poste qu’elle aimait. Elle a retrouvé le plaisir de vivre, de se sentir productive et utile et de reprendre confiance en elle en tant que mère.

Il arrive que, suite à une série d’événements malheureux, une personne perde confiance en ses moyens et ses capacités d’agir efficacement. Dans ce cas, elle est paralysée dans son action et ne peut donc plus se responsabiliser et créer des solutions efficaces à ses problèmes. C’est à ce moment que la personne se projette à elle-même l’image qu’elle est une victime. Sa vie devient alors sombre et sans réel espoir de bonheur ou même de mieux être. Cette cliente a dégagé ce qui la paralysait et l’empêchait de se sentir responsable de sa vie. Et cela lui a permis de s’épanouir malgré ses problèmes et son passé.

Je vous souhaite de trouver vous aussi des pistes qui vous permettront de mieux vous épanouir dans votre vie…


Pour contacter l'auteur :
Guy Larrivée
g.larrivee@videotron.ca


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