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Réduction mammaire
avec l'hypno-anesthésie
Bien sûr vous n'êtes pas sans savoir
qu'il y a eu des chirurgies sous hypnose
déjà, que cette méthode est
utilisée assez fréquemment pour
l'accouchement et en dentisterie.
Mais peut-on créer une anesthésie
suffisamment profonde pour permettre au chirurgien
d'opérer en profondeur, de toucher
même les os sans une anesthésie
générale sous sédation ?
Une expérience le 25 avril 2007 à
l'Hôpital Notre-Dame de Montréal s'est
avérée concluante. Grâce
à deux hypnologues dévouées
à la cause et un chirurgien curieux et
déterminé, l'expérience a
été concluante. Il sera peut-
être bientôt possible à des gens
du Québec qui souffrent d'allergies aux
médicaments ou à l'anesthésie
elle-même d'utiliser en
complémentarité et parfois même
en totalité, les vertus de l'hypno-
anesthésie ou hypnosédation, une
approche complètement naturelle.
Alternative Santé vous propose de lire
le témoignage des trois personnes
impliquées suivantes : Dr Carlos
CORDOBA, chirurgien à l'Hôpital Notre-
Dame, mesdames Betty REIS et Mia GIRARD, toutes
deux hypnologues cliniciennes pratiquant à
Montréal.
Nous débutons cette entrevue par le
témoignage de Betty REIS. Bonne lecture
chers internautes.
AS : Mme Reis, comment
cette aventure a-t-elle débuté ?
B.R. : Tout a débuté
avec Mia GIRARD, une de mes ex-étudiante,
qui m'a mise en contact avec son médecin.
Elle m'a confié qu'elle devait se
présenter pour une chirurgie pour une
réduction mammaire et l'idée
d'utiliser l'hypno-anesthésie l'enchantait.
AS : Avez-vous
été surprise par cette demande qui
est assez rare n'est-ce pas ?
B.R. En effet, il y a peu de
demandes pour ce genre d'intervention qui par
contre a déjà été
pratiquée en France, aux É.-U., au
Mexique, en Chine où l'on pratiquerait des
chirurgies intra abdominales sous hypnose.
Même si on m'avait déjà
demandé d'effectuer ce travail auparavant,
aucune cliente n'était parvenue à
obtenir l'accord du médecin traitant. J'ai
donc accepté en disant à la
patiente : Parle à ton médecin
et reviens-moi là-dessus !
J'étais certaine que le médecin
refuserait et je m'apprêtais à l'aider
pour se préparer pour une phase pré
et post opératoire pour contrôler elle-
même sa douleur.
Mais Mia est très
déterminée et son insistance à
convaincu le Dr CORDOBA. Elle revint toute joyeuse
avec l'accord du médecin, comme si
c'était tout à fait normal !
AS : Aviez-vous
réfléchi à votre
responsabilité professionnelle pour cette
intervention ?
B.R. : Oui beaucoup. Les risques
avec l'hypnose sont minimes car en fait, le pire
scénario est que l'anesthésie ne
fonctionne pas. Pour plus de
sécurité, à l'exemple des
professionnels de la santé et comme tous les
hypnologues de notre association,
je possède une couverture
d'assurance professionnelle pour erreurs et
omissions qui assure mes services, ce qui
sécurise tout autant le patient.
AS : Quelle fut votre
réaction face à l'accord du
chirurgien traitant ?
B.R. : J'admets que je fus
agréablement surprise. J'ai dès lors
expliqué à ma cliente que si j'avais
l'expérience d'assister une femme pour un
accouchement sous hypnose, je n'avais aucune
expérience du protocole spécifique
pour une chirurgie aussi sérieuse. Maintenir
une anesthésie pendant un long laps de temps
demandait une préparation plus
sophistiquée. Elle vint à mon bureau
plusieurs fois où j'ai pratiqué avec
elle des inductions rapides pour permettre une
transe profonde, ce qui fonctionna à
merveille.
AS : Le médecin
traitant s'est-il impliqué dans la
préparation de la patiente ?
B.R. : Oui. Comme tout se
déroulait comme prévu après
trois rencontres en tête-à-tête
avec Mia, les anesthésies étaient
profondes, j'ai tout de même insisté
pour rencontrer le médecin pour une
supervision. Ce fut une très bonne
décision. Le Dr CORDOBA s'est donc
présenté à mon bureau sur St-
Joseph à trois reprises. Voilà
jusqu'à quel point ce chirurgien
émérite de l'Université McGill
prenait cette intervention à cœur. J'ai
découvert un homme très ouvert,
expérimenté et méticuleux qui
a facilité la procédure pour sa
cliente et moi-même, sachant que
l'expérience avait déjà
été tentée ailleurs avec
succès. Il est ce genre de médecin
qui ne prescrit pas automatiquement des calmants et
autres analgésiques.
AS : La présence
du médecin pendant votre préparation
fut-elle bénéfique ?
B.R. : Très. Je n'ai jamais
subi de chirurgie et je n'avais participé
à aucune en tant qu'hypnologue. Je ne
connaissais rien du protocole médical, de
l'aspect technique. J'étais arrivée
à obtenir par suggestion une
anesthésie complète des mains de Mia
qui ensuite les posait sur sa poitrine pour
compléter l'anesthésie des seins. Le
médecin m'avisa que cette suggestion serait
impossible à réaliser puisque la
patiente ne pouvait absolument pas toucher cet
endroit pendant la chirurgie. Il me fit comprendre
que la seule partie à laquelle j'aurais
accès serait sa tête. J'ai dû
m'ajuster et procéder différemment.
J'utilisai les mains du chirurgien comme outils
d'approfondissement de même que l'appareil
bruyant servant à prendre la pression qui
devint lui aussi un instrument servant à
l'approfondissement de la transe hypnotique tout
comme la couleur bleue, omniprésente dans la
salle.
AS : Dr CORDOBA a-t-il
procédé à des
anesthésies dans votre bureau ?
B.R. : Il s'est servi de pinces et
autres instruments de torture (!) pour
vérifier si vraiment l'anesthésie
était adéquate. Il a effectué
beaucoup de tests à chaque rencontre. Il a
aussi insisté pour que l'ambiance de la
salle d'opération soit reproduite dans la
mesure du possible dans mon bureau :
lumière intense, bruits
désagréables et froideur. Nous
bougions beaucoup autour de la table et nous avons
créé beaucoup de mouvement, le but
étant d'améliorer la concentration de
Mia même dans des conditions extrêmes,
tout le contraire du bureau de relaxation avec
lumière tamisée d'un hypnologue, vous
pouvez le constater !
Je voulais préparer un plan
« B » au cas où la
patiente ressentirait de la douleur que l'hypnose
contrôlerait moins. Le chirurgien m'a
rassuré en me disant qu'il utiliserait un
soluté dans une telle situation. Mais il me
fit bien comprendre que si la patiente devait
sortir complètement de son état
d'anesthésie, il devait passer à une
anesthésie générale et je
devais alors quitter les lieux.
AS : Combien de temps
dura la chirurgie ?
B.R. : Quatre heures. J'ai eu
tellement froid. Je n'avais pas prévu un
froid si intense. Mais j'ai adoré
l'expérience. À deux reprises, Mia a
démontré un peu de douleur par un
petit « ouch ». Il y a eu
l'hypnose et le soluté. N'étant pas
familière avec les termes médicaux,
je ne saurais dire dans quelle mesure le
soluté était administré, mais
je suis demeurée dans la salle pendant toute
la durée de la chirurgie.
AS : Est-ce que la
patiente a eu recours à des
médicaments anti douleur après
l'opération ?
B.R. : Non. On peut dire que de ce
côté-là aussi ce fut un
réel succès. La patiente est sortie
de l'hôpital la même journée.
Elle a dormi pendant presque deux jours.
J'avais préparé un CD
d'autohypnose pour la période post
opératoire qu'elle a écouté
dès sa sortie de la salle
d'opération. Elle a dormi beaucoup par la
suite, a écouté le CD deux à
trois fois par jour et n'a utilisé aucun
médicament. Les douleurs étaient
inexistantes et la cicatrisation, sur laquelle
j'avais axée plusieurs suggestions positives
durant tout le processus préparatoire a,
semble-t-il, eu l'effet escompté puisqu'elle
fut très rapide.
Nous continuons l'entretien avec Mia GIRARD,
docteur en médecine holistique, hypnologue
clinicienne que nous avons rencontrée
à son bureau de la rue Laurier quelques
temps plus tard. Elle fut le sujet de cette
expérience formidable d'hypno-
anesthésie pour une réduction
mammaire. Son expérience est unique au
monde. Grâce à elle l'hypnose clinique
reprend, en quelque sorte, ses lettres de noblesse.
A.S. : Bonjour Mia Girard. Avant
toute chose, donnez-nous quelques informations vous
concernant ?
M.G. : Je suis une canadienne qui a
habité New York depuis 1994 où j'ai
étudié la médecine holistique
dont la nutrition. Je suis revenue au Canada depuis
deux ans et j'ai ouvert un cabinet de consultation.
Je suis reconnu comme ERYT (Educationnal Registered
Yoga Teacher) et je pratique le Yoga
quotidiennement depuis huit ans à raison
d'une heure par jour. J'ai étudié les
techniques d'hypnose avec Betty REIS. Pendant cette
formation j'ai constaté le pouvoir de
l'hypnose, son utilisation actuelle et j'ai
été, à ma demande, le cobaye
pour une opération de réduction
mammaire pendant laquelle on a utilisé
l'hypno-anesthésie pour contrôler la
douleur et faciliter la cicatrisation.
A.S. : Quand avez-vous
décidé de demander cette
réduction mammaire ?
M.G. : Quand j'ai suivi mon cours en
hypnothérapie. J'avais de plus en plus de
difficulté de respirer avec ces gros seins
qui pesaient sur mon ventre et me causaient toutes
sortes de problèmes. D'ailleurs pour tout
vous dire, ils pesaient 17 livres ces seins.
A.S. : Que pensez-vous de cette
expérience en hypno-anesthésie et la
referiez-vous ?
M.G. : Oui définitivement, je
recommencerais demain matin sans hésiter. Je
regrette même de ne pas l'avoir fait
plutôt. Ce fut une expérience
extraordinaire et je suis tellement contente de
l'avoir fait. J'ai dépassé les
limites qui avaient été atteintes
jusque là. Quatre heures en bloc
opératoire avec l'hypnose comme principale
anesthésie, c'est une réalisation
inégalée à ce jour.
Je suis emballée comme femme d'abord
mais aussi comme hypnologue pratiquant l'hypno-
anesthésie.
Betty, qui m'avait préparée de
façon experte, m'a accompagné avec
assurance pendant toute cette chirurgie de quatre
heures. Elle a été d'une patience
admirable. Après l'opération, sans le
support médical habituel, le walkman sur les
oreilles, je suis demeurée très
longtemps dans la salle de réveil, plus que
le temps normalement permis.
Le docteur CORDOBA, un professionnel
dévoué, a été sublime
durant tout ce processus avec un soutien
empressé. Ce n'est pas tous les jours qu'un
médecin comme lui, une sommité dans
la chirurgie esthétique, participe à
des séances d'hypnose chez un hypnologue
pour que la préparation soit la plus
parfaite possible.
Le premier entretien que j'ai eu avec lui
après lui avoir demandé de me faire
l'opération, a duré près de
cinq heures ! Pendant ce temps en tête
à tête, il m'a posé, dans une
approche très médicale, des dizaines
de questions pour être certain que ma demande
était sérieuse, qu'elle
émanait de moi et non d'une pression
extérieure.
Suite à la chirurgie, il ne m'a prescrit
que de l'homéopathie comme support et
à date, je n'ai même pas pris une
aspirine contre la douleur. J 'ai été
opérée le mercredi matin et le lundi
suivant j'étais au poste, en pleine forme,
fraîche comme une rose.
A.S. : Dans quel état d'esprit
vous êtes-vous
présentéeà l'hôpital le
matin de la chirurgie ?
M.G. : Ce matin-là, trois de
mes amies sont venues me rejoindre. Elles me
cherchaient, ne pouvant pas me
téléphoner dans un hôpital.
Elles ont entendu ma voix alors que je prenais
l'ascenseur. En me retournant, j'ai vu leurs
visages, livides, elles étaient tellement
blanches, l'air de se demander si je savais
vraiment dans quoi je m'étais
embarquée et si je réalisais ce qui
m'attendait. Aujourd'hui ensemble nous en rions
mais à ce moment là c'était
tragique, pour elles je veux dire parce que moi,
j'étais on ne peut plus calme. J'ai
marché jusqu'au bloc opératoire.
L'infirmière se demandait pourquoi je
n'avais pas encore reçu le soluté
préopératoire. Dr. CORDOBA prit tout
en charge à partir de là. Deux autres
infirmières dans la salle
d'opération, qui elles étaient au
courant de la démarche avec l'hypnose, m'ont
remercié de leur faire vivre cette
expérience unique dans toute leur
carrière.
Je n'ai ressenti qu'une peur durant
l'opération et c'est au moment où le
médecin m'a touché en me
disant : « Sois patiente je reviens
dans quelques instants ». Il devait
quitter pour quelques instants. La voix de Betty
s'est faite encore plus rassurante, j'ai
oublié la peur et je me suis mise
soudainement à la questionner sur ce qu'elle
voyait de mon corps. Elle ne voulait pas regarder
puis elle me dit : Tu es plate, tu n'as plus
de seins.
A.S. : Avez-vous perçu une
différence entre les séances
préparatoires et la chirurgie?
M.G. : J'étais
attachée, je ne pouvais pas ouvrir mes yeux
et regarder le docteur puisque j'avais un drap sur
les yeux, les mains des personnes qui me touchaient
étaient couvertes de latex, voilà
quelques différences mais elles n'ont pas
fait de différence : la chirurgie et
l'hypno-anesthésie furent deux
succès.
Ce que je considère aussi comme un grand
succès pour moi, c'est que j'ai
expérimenté un état qui me
permet d'en parler en toute connaissance de cause.
Je peux maintenant expliquer cet état en
théorie comme en pratique, le
démystifier pour toute personne qui
souhaiterait que je sois son guide pour une hypno-
anesthésie majeure.
A.S. : Percevez-vous un avenir dans
l'utilisation de l'hypno-anesthésie pour des
chirurgies majeures ?
M.G. : Je pense que
l'hypnothérapie est une technique dont on
n'a pas encore découvert toute la puissance
et les nombreuses utilisations qu'on pourrait en
faire. Évidemment je suis très
optimiste puisque j'ai déjà un
patient à mon agenda pour une hypno-
anesthésie au même hôpital
prochainement. Plus cette bonne nouvelle sera
retransmise par les médias, plus elle
attirera de personnes qui n'attendaient que
ça pour passer à l'action. Mon but
est de me faire connaître comme une
hypnologue spécialiste de l'hypno-
anesthésie qui a développé une
technique basée sur du vécu.
A.S. : Comment s'est
déroulée la guérison depuis ?
M.G. : Après une semaine
suivant mon opération, il ne me restait que
5% d'enflure alors que le processus normal peut
prendre jusqu'à cinq mois. Je peux
étirer les bras dans tous les sens sans
douleur. Je dois dire qu'à tous les jours je
continue de me faire de l'autohypnose
jusqu'à la récupération
totale. Donc le suivi de l'opération, la
cicatrisation rapide est un aussi grand
succès que l'opération elle-
même.
A.S. : Croyez-vous que d'autres
femmes pourraient réussir aussi bien une
telle expérience ?
M.G. : Bien sûr. Je dois dire
que je suis une personne qui, à cause des
choses qui me sont arrivées dans la vie,
peut gérer la douleur. J 'étais
habituée, à cause de la maladie de
Crohn, (
www.snfge.asso.fr/02-Connaitre-maladie/
0C-intestin-grele/faq/grele_crohn.htm ) à
ressentir une douleur presque continuelle au bas
ventre. Je suis également une
habituée de la relaxation grâce
à ma connaissance en Yoga, ce qui permet
d'éliminer des douleurs, même vives.
A.S. : Avez-vous noté des
changements d'attitude chez les gens depuis que la
taille de vos seins a été
réduite ?
M.G. : Oui. Autrefois en me
rencontrant, on voyait mes seins et ensuite, Mia.
Depuis quelques semaines je découvre que
j'ai des yeux. On me regarde d'abord dans les yeux
et je préfère ça.
Beaucoup de choses ont changé et je savoure
les bienfaits de cette nouvelle expérience
à chaque instant.
Nous terminons l'entretien avec le docteur
Carlos CORDOBA MD, chirurgien, spécialiste
en chirurgie esthétique qui exerce à
l'Hôpital Notre-Dame de Montréal au
Pavillon Lachapelle. Nous l'avons rencontré
à son lieu de pratique entre deux patients,
ce médecin étant très
occupé. Il nous a d'ailleurs confié
que son travail demande un minimum de 12 heures de
présence par jour. Il a été
très satisfait de vivre cette
expérience et a accepté de nous en
livrer ses impressions.
A.S. : Pourquoi avoir accepté
d'utiliser l'hypno-anesthésie pour une
chirurgie majeure ?
C.C. : D'emblée, cette
approche m'intéressait. Malheureusement nous
recevons peu d'information dans notre formation
médicale concernant l'hypnose. Peut-
être une journée tout au plus dans
notre formation où on nous enseigne que oui
l'hypnose, comme la naturopathie, l'acupuncture ou
le massage existent mais en même temps on
nous envahit avec la peur des charlatans et la
méfiance que nous devrions avoir avec ces
méthodes non scientifiques.
Personnellement je sais qu'en Chine on utilise
l'hypnose et l'acupuncture en
complémentarité avec la
médecine avec succès. Quand j'ai
rencontré Mme Mia GIRARD qui était
intéressée à passer par
là elle-même, ce ne fut pas un choc
pour moi. Je me suis dit qu'elle était
chanceuse de tomber sur quelqu'un comme moi
à sa première tentative car plusieurs
de mes confrères auraient refusé sa
demande.
A.S. : Croyez-vous qu'il doit y avoir
une complicité entre l'hypnologue et le
médecin?
C.C. : Je pense qu'ils doivent avoir
une confiance mutuelle, avoir la même vision
et mettre le focus sur le même but. Donc le
médecin devrait en principe être
capable de travailler avec différents
hypnologues sachant qu'un hypnologue qui se
spécialise dans cette branche a suivi la
formation lui permettant de se sentir à
l'aise dans n'importe quelle situation et d'agir en
professionnel.
A.S. : Pour quelle raison vous
êtes-vous impliqué dans la
préparation entourant l'hypnose ?
C.C. : Parce que je voulais qu'elle
soit réaliste. Un bloc opératoire est
bruyant, froid, les lumières sont intenses,
ce qui ne ressemble pas au bureau d'un hypnologue.
J'ai avisé l'hypnologue de ce fait et nous
avons fait les séances dans le bruit, le
froid et avec les lumières allumées.
A.S. : Pourquoi est-ce si froid dans
le bloc opératoire ?
C.C. : Parce que le froid diminue
les bactéries et le danger de contamination.
Grossièrement, c'est la même raison
pour laquelle nous mettons notre nourriture dans le
frigo.
A.S. : Considérez-vous
l'expérience concluante ?
C.C. : Oui. Je pense que l'hypnose
peut servir dans de nombreux cas
d'anesthésie mineure. Pour les
anesthésies majeures, sans connaître
le pourcentage des gens susceptibles d'y arriver,
ce sera d'après moi moins fréquent
parce que pour toucher les côtes et couper
profondément dans la chair il faudra des
personnes capables de neutraliser ces douleurs et
je ne sais pas combien de temps il faudrait
préparer quelqu'un à atteindre cet
état. Je pense que le résultat le
plus probant c'est que la patiente n'a pas
utilisé d'antidouleurs après
l'opération. Il n'y a donc pas eu de choc
postopératoire douloureux et ça c'est
un très grand succès car c'est hors
norme.
A.S. : Avez-vous utilisé une
anesthésie autre que l'hypnose pendant
l'opération ?
C.C. : Oui mais à très
petite dose et locale seulement. J'ai
été capable de couper pendant un laps
de temps sans anesthésie. Les
infirmières inscrivent sur leur rapport
à quel moment j'ai commencé et quand
j'ai donné une anesthésie. J'ai
noté qu'il y a avait une période
d'environ 5 minutes où je n'ai pas
utilisé l'anesthésie, ce qui m'a
surpris. Même si le patient demande l'hypnose
à 100%, mon but est qu'il ne souffre pas du
tout.
Ce que j'ai lu sur les expériences
passées m'indiquait que les médecins
qui ont opéré des patients sous
hypnose ont utilisé en même temps une
anesthésie locale. Avec l'hypnose comme
anesthésiant principal, les médecins
utilisent moins de sédatifs et les patients
souvent ne prennent aucun analgésique
après les chirurgies. Pour moi, cela
seulement est une réussite formidable.
A.S. : Qu'avez-vous noté
concernant la guérison ?
C.C. : La récupération
est rapide et j'ai noté moins d'ecchymoses.
Est-ce dû à l'hypnose ? Je ne peux pas
l'affirmer. Mais je pense que si la
préparation est adéquate et que la
suggestion au patient inclut une cicatrisation
rapide et une suite sans douleur cela aura un effet
important sur la suite de l'opération et le
bien-être du patient.
Pour établir scientifiquement les
résultats de l'hypnose, il faudrait faire
une recherche qui comptabiliserait les
anesthésiants utilisés avec l'hypnose
comme anesthésique principal. Par exemple,
10 nouveaux patients avec lesquels il y aurait
préparation et utilisation de l'hypnose
qu'on pourrait comparer entre eux et avec ceux qui
subissent une chirurgie conventionnelle. Mais selon
les informations que j'ai obtenues de revues
scientifiques, les recherches concluent que les
patients ont reçu moins de sédation
pendant la chirurgie et moins ou pas d'anti-
douleurs après la chirurgie.
A.S. : Qu'est-ce qui d'après
vous permet à l'hypnose de diminuer la
douleur ?
C.C. : Une grande partie de la
guérison et de la douleur est
contrôlée par le cerveau. Il semble
que l'hypnose agirait sur les nerfs nociceptifs,
ceux qui contrôlent la douleur. La morphine,
l'opium et autres dérivés dont on se
sert pour l'anesthésie ont souvent des
effets négatifs déplaisants tels des
vomissements, la constipation ou sont mauvais pour
le cœur. Alors si on peut les éliminer ou
les diminuer ce serait une très bonne chose.
Les deux patients sur lesquels j'ai
opéré à date n'ont pas pris de
médicaments et pour moi c'est une surprise
et une excellente réussite alors que je
considérerais comme une grande
réussite le fait qu'ils auraient pris la
moitié de la dose normale.
A.S. : Vous avez donc à date
effectué deux opérations sous hypnose
en un court laps de temps ?
C.C. : Oui. La première
était pour les seins, la deuxième
pour les yeux. Quoique la première demandait
une anesthésie profonde et soutenue, la
deuxième se déroulait dans une partie
du corps très sensible et je me suis rendu
jusqu'à l'os sans anesthésie
générale. Je n'étais donc pas
en surface et je suis allé en profondeur
dans les deux cas. Ni l'une ni l'autre
n'étaient de petites chirurgies. Donc dans
les deux cas il s'agissait d'hypnose profonde,
d'anesthésie en profondeur qui a
parfaitement bien réussi.
A.S. : Dans le deuxième cas
avez-vous utilisé un peu d'anesthésie
locale ?
C.C. : Oui mais très
légèrement. D'ailleurs, selon les
revues scientifiques que j'ai lues sur le sujet,
toutes les opérations ont
nécessité une très
légère dose de sédatifs. Il
faut donc conclure que l'hypnose produit une
anesthésie profonde et vérifiable.
A.S. : Percevez-vous un avenir pour
l'hypno-anesthésie ?
C.C. : Pour ce qui est de la
présence de l'hypnologue dans le bloc
opératoire, pour toutes sortes de raisons,
il sera difficile d'accepter qu'il soit avec le
médecin et les infirmières. Il faudra
donc développer d'autres moyens pour que
l'hypnologue reste à l'extérieur. Je
ne peux pas, à partir des deux cas que j'ai
opérés sous hypnose, faire un constat
ou généraliser. Les deux patients
avaient été préparés de
façon parfaite et étaient très
ouverts à l'hypnose et j'ai donné la
permission aux hypnologues d'être à
mes côtés pendant la chirurgie, ce qui
ne sera pas le cas avec d'autres médecins.
Il faut aussi admettre que de nombreuses personnes
voudraient être hypnotisées pour des
chirurgies mais sont incapables d'atteindre le
niveau d'insensibilité nécessaire
pour des chirurgies majeures mais par contre
pourraient très bien réussir lors
d'une chirurgie mineure.
Je pense qu'il semble y avoir un avenir avec
cette approche complémentaire. Les
hypnothérapeutes notent sûrement que
la demande pour leurs services est en augmentation
depuis quelques années. Le public est plus
ouvert à d'autres approches maintenant. Je
pense que cette demande va émaner du public
et aller en augmentant. Les praticiens d'hypno-
anesthésie qui développeront et
solidifieront leur approche seront donc en demande.
Ce dont je ne suis pas certain par contre, c'est le
nombre de médecins qui seront
intéressés à l'utiliser. Il y
a plusieurs raisons dont la méconnaissance
des médecins pour ce type de soins.
Personnellement, je suis ouvert aux
médicaments naturels et à
l'homéopathie, contrairement à la
majorité des médecins. Ce n'est pas
pendant les cours à McGill que j'ai entendu
parler des approches complémentaires et
comme tous les médecins
intéressés par ces connaissances,
j'ai dû chercher et trouver par moi-
même.
Bien que je ne traiterais pas un patient avec
des médicaments homéopathiques dans
un cas grave ou pour une infection fulminante, je
découvre que mes patients en chirurgie
plastique guérissent mieux et plus
rapidement avec l'homéopathie. Ce n'est
qu'une impression basée sur mon
expérience et celle d'autres médecins
d'ailleurs dans le monde, pas une
vérité scientifique. Mais j'avoue que
je ne perdrais pas mon temps et mon énergie
avec cette méthode si je n'avais pas
apprécié les améliorations
dont j'ai été témoin.
Les médecins qui pratiquent souvent des
anesthésies locales devraient, sans
être des spécialistes, avoir un
minimum de connaissances de l'hypnose pour calmer
leurs patients.
A.S. : En résumé, quels
avantages voyez-vous à l'utilisation de
l'hypnose ?
C.C. : Il y a des avantages mais
aussi des désavantages. Un
désavantage est l'obligation actuellement
pour l'hypnologue d'être dans la salle
d'opération ce que nombre de médecins
refuseront. Il y a aussi la durée de
l'opération qui peut s'étirer au-
delà du temps normal ce qui augmente les
risques selon toutes les données
scientifiques.
Les avantages sont dans la préparation
avant la chirurgie et dans le suivi post
opératoire pour qu'il soit lui aussi
approprié. Bien que l'intoxication ou
l'allergie à un médicament soit assez
faible, lorsque cela vous arrive, malgré que
vous soyez un cas parmi tant d'autres, c'est vous
qui êtes aux prises avec le problème.
Si l'hypnose permet au patient d'éviter ces
complications et si en plus la guérison
s'effectue à un rythme plus rapide sans que
la personne doive consommer des médicaments
alors là, c'est beaucoup mieux.
Merci docteur Carlos CORDOBA MD et mille mercis
à Mia GIRARD et Betty REIS , deux femmes
exceptionnelles pour cette réalisation
unique.
Plus d'information sur l'hypno-
anesthésie :
Hypnosédation :
http://www.adrenaline112.org/hypnose/
anes/aneschircerv.html
http://www.ulg.ac.be/anesrea/patient.htm#hypnose
Hypno-anesthésie :
Betty REIS
www.hypnoreis.com
Mia GIRARD
Clinique Mia pour toi
miagrrd@aol.om
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